Goetz, album Glénat sorti en 2026, scénarisé par ’Fane et dessiné/colorisé par Didier Cassegrain. C’est présenté comme une aventure entre science-fiction, fantasy médiévale et réflexion philosophico-barbare, avec des colons humains installés sur une planète habitée par une civilisation locale ...
Au départ, c'était un pari pour moi. Je ne connaissais pas vraiment l’album, et je n’avais même pas lu la quatrième de couverture. C’est la couverture qui m’a attiré : un barbare transpercé de flèches, encore debout, qui annonçait quelque chose de tragique, d’épique, peut-être même de désespéré. Une image simple, mais puissante, qui semblait dire : “Entre dans l’histoire, mais pense à laisser ton assurance-vie à l’entrée.”
Le contexte pouvait faire penser à Avatar : des humains débarquent sur une planète, découvrent un peuple autochtone, et la cohabitation commence à sentir le feu de camp mal surveillé. Mais cette impression disparaît assez vite. Goetz prend une direction bien plus rude, plus sombre, plus barbare, et surtout plus centrée sur son personnage principal.
Car l’album suit avant tout Goetz, sa progression, sa recherche de gloire, son besoin de guerre, sa froideur presque bestiale. C’est un personnage brutal, violent, habité par le combat, mais pas creux pour autant. Il possède une ligne de conduite, une morale personnelle, primitive et dure, mais cohérente. Goetz n’est clairement pas le genre d’homme qu’on invite pour discuter autour d’une tisane, sauf si la tisane est servie dans un crâne et que la soirée finit en pillage organisé.
Ce qui fonctionne très bien, c’est le contraste entre ce barbare assumé et l’homme dit “civilisé”. Goetz lui-même est un personnage très réussi, il est froid, sauvage, presque animal, mais il ne ment pas vraiment sur ce qu’il est. C’est un barbare, oui, un homme qui semble ne vivre que pour la guerre, mais il n’est pas qu’une masse de muscles lancée dans la mêlée avec le QI d’une hache mal embouchée.
À côté de lui, certains personnages plus civilisés paraissent parfois tout aussi dangereux, simplement mieux habillés et plus doués pour justifier leurs saloperies avec de beaux discours. Les auteurs cernent bien l’homme, ses travers et ses contradictions : la barbarie ne porte pas toujours une peau de bête. Parfois, l'évidence est reine.
Graphiquement, l’album colle parfaitement au récit. Le dessin est rude, nerveux, massif, avec une énergie qui m’a parfois fait penser à Keith Giffen. Le trait accompagne très bien la brutalité de l’univers : on sent les coups, la poussière, la fatigue, les flèches qui entrent sans prendre rendez-vous. Ce n’est pas un dessin lisse ou décoratif, mais un dessin qui a du poids, de la sueur et quelques dents cassées.
L’ambiance générale m’a beaucoup plu. Goetz se lit presque comme un bon roman de David Gemmell : de la guerre, du destin, de la gloire, de la violence, et une forme d’honneur rugueux qui ne sent pas exactement la lavande. Il y a un vrai souffle épique, mais aussi une froideur tragique, comme si le personnage avançait vers quelque chose d’inévitable, les armes à la main et les sentiments soigneusement enterrés sous trois couches de boue. Ou alors une tisane servie dans un crâne, mais chacun ses traditions.
Le petit carnet en fin d’ouvrage est également très intéressant. Il complète bien la lecture, enrichit l’univers et donne envie de revenir sur certains éléments de l’album. Ce n’est pas un bonus décoratif posé là comme une rondelle de saucisson oubliée sur la table : il apporte vraiment quelque chose...
Au final, Goetz est une très belle surprise. Un album acheté presque à l’instinct, sur la seule force d’une couverture, et qui tient largement sa promesse. C’est violent, barbare, froid, épique, mais jamais vide. L’album vaut surtout pour la trajectoire de Goetz, ce guerrier bestial en quête de gloire, et pour le contraste qu’il crée avec l’homme civilisé, pas toujours plus noble, ni moins dangereux.
Une lecture brutale et tragique, portée par un dessin parfaitement adapté. Goetz commence comme un pari et se termine comme une vraie claque. Une claque donnée avec une main gantée de fer, certes, mais une claque qu’on ne regrette pas. Elle laissera des traces :)















