Si je t’écris… de Denis Bodart et Vincent Zabus n’est pas une BD que l’on “lit” simplement entre deux passages aux toilettes en scrollant son téléphone. C’est une BD que l’on respire. Une madeleine graphique aux odeurs de vacances d’enfance, de soleil sur les volets, de silences familiaux et de souvenirs qui reviennent flotter doucement comme de la poussière dans une maison fermée depuis trop longtemps.
Et franchement… quelle douce claque .
Louis, en vacances avec sa femme et ses enfants, redécouvre le coin de bord de mer d'un été d'enfance avec son père, son oncle et sa tante dans les années 70. Un endroit chargé de souvenirs complexes, rattachés à une étrange maison sur la falaise où, dit-on, vivait une sorcière parlant avec les morts... Louis va essayer de finir ce souvenirOn sent immédiatement qu’il s’agit d’un ouvrage mûri longtemps. Huit années de gestation, Huit ans. Certains enfants ont le temps d’apprendre à marcher, lire, râler et demander un smartphone avant qu’un album pareil voie le jour. Mais ça se ressent dans chaque page : rien n’est bâclé, rien ne sonne faux. Tout semble juste. Mature. Habité.
Le dessin crayonné de Denis Bodart possède une chaleur presque organique. Les personnages vivent, bougent, existent. Quelques traits… et tout est posé.
Et les couleurs… mamma mia. La palette est parfaite. Chaleureuse, subtile, lumineuse quand il faut, mélancolique à d’autres moments. Chaque teinte semble avoir été choisie avec une précision d’orfèvre - elles ne servent pas juste à embellir les cases, elles transportent la mémoire elle-même. Certaines planches donnent presque l’impression de revoir ses propres souvenirs.
L’ensemble est incroyablement immersif. On ne tourne pas les pages pour savoir “ce qu’il va se passer”, mais pour continuer à habiter cet été suspendu, ces instants simples, ces émotions discrètes que beaucoup ont connues sans forcément parvenir à les exprimer.
La BD respire littéralement la nostalgie sans jamais tomber dans le cliché dégoulinant. Chaque case semble contenir des souvenirs personnels. Et le plus fou, c’est qu’on finit presque par croire qu’ils sont aussi les nôtres.
Et tout cela grace au récit de Vincent Zabus , qui (le récit) reste d’une grande véracité, mais dans le bon sens du terme : une histoire humaine, sincère, jamais artificielle. Pas besoin de rebondissements tonitruants quand les émotions sont justes. Foutu scénariste, c'est un bon lui aussi.
On replonge dans ces étés interminables, ces vacances familiales où le temps semblait fonctionner différemment. Une époque sans smartphones, sans réseaux sociaux, où une journée entière pouvait tourner autour d’une balade, d’un repas ou d’un simple regard échangé.
Clairement, c’est une œuvre qui parlera énormément aux lecteurs ayant déjà quelques kilomètres au compteur. Disons qu’en dessous de 30 ans, certaines émotions risquent de passer un peu au-dessus de la tête. Pas parce que les jeunes sont idiots mais parce qu’il faut avoir connu cette époque étrange où les vacances se vivaient sans GPS et sans smartphone et risquent de passer à côté de cette douce mélancolie qui irrigue l’album.
Et puis il y a ces dessins généreux. Généreux dans le trait, dans les regards, dans les décors, dans les corps, dans la lumière.
















