lundi, mai 11, 2026

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Si je t’écris… de Denis Bodart et Vincent Zabus

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Si je t’écris… de Denis Bodart et Vincent Zabus n’est pas une BD que l’on “lit” simplement  entre deux passages aux toilettes en scrollant son téléphone. C’est une BD que l’on respire. Une madeleine graphique aux odeurs de vacances d’enfance, de soleil sur les volets, de silences familiaux et de souvenirs qui reviennent flotter doucement comme de la poussière dans une maison fermée depuis trop longtemps.

 Et franchement… quelle douce claque . 

On sent immédiatement qu’il s’agit d’un ouvrage mûri longtemps. Huit années de gestation,  Huit ans. Certains enfants ont le temps d’apprendre à marcher, lire, râler et demander un smartphone avant qu’un album pareil voie le jour. Mais ça se ressent dans chaque page : rien n’est bâclé, rien ne sonne faux. Rien ne semble expédié. 

 Le dessin crayonné de Denis Bodart possède une chaleur presque organique. Les personnages vivent, bougent, existent. Les couleurs, elles, sont posées avec une véritable maestria : elles ne servent pas juste à embellir les cases, elles transportent la mémoire elle-même. Certaines planches donnent presque l’impression de revoir ses propres souvenirs.

L’ensemble est incroyablement immersif. Chaque case semble respirer. On ne tourne pas les pages pour savoir “ce qu’il va se passer”, mais pour continuer à habiter cet été suspendu, ces instants simples, ces émotions discrètes que beaucoup ont connues sans forcément parvenir à les exprimer.

C’est aussi une BD profondément générationnelle. Pour pleinement la ressentir, il faut probablement avoir vécu ce type de vacances familiales, cette époque où les étés semblaient durer une éternité. Un lectorat ayant dépassé la trentaine y trouvera sans doute une résonance particulière, presque intime. Les plus jeunes pourront apprécier la qualité du récit et du dessin, mais risquent de passer à côté de cette douce mélancolie qui irrigue l’album.

Le récit de Vincent Zabus reste d’une grande simplicité, mais dans le bon sens du terme : une histoire humaine, sincère, jamais artificielle. Pas besoin de rebondissements tonitruants quand les émotions sont justes.

Et puis il y a ces dessins généreux. Généreux dans le trait, dans les regards, dans les décors, dans les corps, dans la lumière. Une BD habitée, profondément vivante, qui laisse derrière elle un drôle de parfum : celui des souvenirs qu’on croyait oubliés.



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