vendredi, avril 17, 2026

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Blade Runner 2029

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En 2049, l’officier K, un blade runner chargé de traquer les réplicants illégaux, tombe sur un secret qui pourrait faire vaciller l’ordre du monde.
La puissante Wallace Corporation, qui fabrique les nouveaux réplicants, veut à tout prix mettre la main dessus.
Entre villes désertées, mystères enfouis et ambitions démesurées, K se retrouve lancé dans une enquête qui pourrait bien changer la définition même de l’humanité.

 
 
Trente ans après le premier Blade Runner, on reprend la pluie, les néons, les androïdes… et on les passe au lave-vaisselle. Voilà, en résumé, ce qu’on pourrait dire de Blade Runner 2049.

Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit : le film est magnifique. Roger Deakins à la caméra, c’est un poème visuel à chaque plan — on dirait presque que chaque pixel a été brossé à la main par un moine zen. Mais justement… où est passée la crasse ? Le Blade Runner de Ridley Scott (1982) puait la sueur, la pluie et la misère. On sentait les vapeurs d’essence et de nouilles instantanées, les foules serrées, les murs qui dégoulinaient.

Ici, en 2049, le monde a connu un blackout mondial, une famine, des effondrements — et pourtant, tout est nickel.
Les rues sont désertes, les lignes d’immeubles parfaitement symétriques, les orphelinats bien rangés. C’est presque suspect : on dirait que quelqu’un a passé un coup de Swiffer sur l’apocalypse.

Blade Runner original respirait le chaos maîtrisé : un Los Angeles grouillant, vivant, où l’humain et la machine se confondaient dans une pluie de néons et de vapeurs. On y sentait la décadence d’une civilisation en bout de course, chaque plan suintait le désespoir et la promiscuité. Dans 2049, tout semble... mort. Figé. Comme si la société avait soudainement pris un bain d’eau de javel. On dirait que Villeneuve a voulu poétiser la ruine, là où Scott montrait la survie dans la ruine

Et puis viennent ces statues géantes plantées au milieu du néant, comme si Las Vegas avait fusionné avec un rêve de pharaon mégalo. On se demande un peu ce qu’elles font là — à part nous rappeler que les effets spéciaux ont un budget, eux.

Côté scénario, même sentiment :

Là où le premier Blade Runner nous plongeait dans le doute existentiel (“Suis-je humain ?”), 2049 nous demande de contempler un robot qui cherche sa maman pendant trois heures et demie.
C’est beau, c’est lent, c’est profond — mais parfois si pâteux qu’on a envie de lui tendre une cuillère.

Et la Wallace Corporation… parlons-en !

Sortie de nulle part, rachetée “quelque part entre deux lignes d’intro”, elle remplace la mythique Tyrell Corporation sans jamais en retrouver la présence. Ni le charisme, ni le mystère, ni le sens du drame.
Tyrell était une figure divine, charismatique, un Prométhée moderne. lace, lui, débarque sans réelle genèse. On nous le balance en bloc : “il a racheté Tyrell, il a relancé les réplicants”. Mais pourquoi, comment, avec quelles conséquences sociales ? On n’en saura rien. Et c’est frustrant. Le monde semble avoir perdu sa densité politique. Wallace, ressemble plus à un PDG d’entreprise de lentilles de contact qui récite des haïkus au petit-déjeuner. 

Tout est devenu une allégorie métaphysique, là où le premier mélangeait philosophie et crasse du quotidien.

Alors oui, Villeneuve a de bonnes idées, c’est indéniable. La relation entre K et Joi est touchante, la question de l’âme persiste, et le film réussit par moments à capturer cette mélancolie propre à l’univers.
Mais l’ensemble donne l’impression d’un rêve aseptisé du premier film — comme si quelqu’un s’était souvenu de Blade Runner après un passage chez IKEA.

On sent que Villeneuve voulait installer plein de couches : la filiation, la mémoire, la foi, le libre arbitre, le corps artificiel, la reproduction… mais chaque thème est survolé, ou mis en scène dans de grandes contemplations silencieuses. C’est magnifique à regarder, mais ça étire tout. Le film manque de rythme intérieur, ce qu’avait pourtant le premier malgré sa lenteur.

En bref :

+ C’est sublime à regarder (chaque plan mériterait un fond d’écran).
C’est tellement propre que même la pluie semble stérilisée.
Wallace n’a pas l’ombre du mysticisme de Tyrell.
+/- Le scénario se regarde plus qu’il ne se vit.

Un film magnifique, oui.
Mais un Blade Runner ? Pas vraiment. Disons plutôt… “Blade Designer 2049”.



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