Et pourtant, ça commençait franchement bien.
Première bonne surprise : le format à l'italienne. Et là, je dis : youpi, ça change ! Rien que la prise en main donne une personnalité particulière à l'ouvrage. C'est inhabituel, intriguant et ça permet surtout de sortir un peu du sempiternel album qu'on ouvre machinalement comme la notice du lave-vaisselle.
Mais d'abord , le sypnosis :)
Ryker Ruel est un sociopathe très mystérieux, lubrique et totalement cinglé. Il a volé le prototype top secret d'un appareil capable de figer le temps ! Résultat : les cadavres des dirigeants du monde s'empilent, des oeuvres d'art célèbres disparaissent, etc. Seul le créateur de l'appareil, un scientifique ordinaire, a compris exactement ce qu'il se passe et entreprend de l'arrêter...
Ensuite, il y a la première partie. Et graphiquement, franchement, c'est superbe.
Le dessin d'Andrew Robinson possède une vraie personnalité. Les planches sont travaillées, l'ambiance fonctionne et le travail des couleurs est magnifique. Il y a de la profondeur, du contraste, une atmosphère. Bref, mes petits yeux sont contents et, pour l'instant, personne ne leur fait de mal.
Le scénario suit le mouvement. Les premiers épisodes posent beaucoup de questions sans nous balancer immédiatement le mode d'emploi avec. On comprend que certaines choses ont été volées, que quelque chose s'est passé et qu'il nous manque encore quelques pièces pour comprendre l'ensemble. Et j'aime ça.
On suit l'action, on se pose des questions et, progressivement, les pièces du puzzle commencent à se mettre en place. Les quatre premiers épisodes sont vraiment prometteurs.
Puis arrive la deuxième partie... Et là... Patatras : Alex Riegel reprend le dessin d'Andrew Robinson et, personnellement, j'ai pris le changement en pleine figure.
On ne parle pas d'une petite différence de trait ou de deux personnages auxquels il faut cinq minutes pour se réhabituer. Pour moi, qualitativement, ça n'a tout simplement plus rien à voir.
Les dessins me semblent beaucoup plus précipités. Certaines planches sont franchement très laides à mes yeux et, surtout, toute l'atmosphère visuelle construite jusque-là s'évapore. Même constat pour les couleurs ou elles me paraissent beaucoup plus plate et insipide.
C'est un peu comme commander le même plat une deuxième fois et découvrir qu'entre-temps le cuisinier est parti et que Kevin de la compta a repris les fourneaux. Peut-être qu'il a fait de son mieux, Kevin, mais je voulais mon plat.
Alors oui, il y a une raison derrière tout cela. Andrew Robinson a subi un incendie au cours duquel une partie importante de son travail a été perdue. Et là, évidemment, difficile de faire de l'humour : humainement, c'est une catastrophe et cela explique les circonstances très particulières dans lesquelles l'ouvrage a dû être terminé. Mais cela n'empêche pas de regarder le résultat en tant que lecteur.
Et j'en arrive à me demander s'il fallait réellement terminer Stand Still de cette manière.
Peut-être fallait-il absolument fournir les planches, respecter les engagements, les délais, sortir le livre et faire tourner la machine. Je n'en sais foutre rien. Mais à la lecture, j'ai parfois eu cette désagréable impression de « coûte que coûte, il faut que ça sorte ». Et malheureusement, ce sentiment ne concerne pas uniquement le dessin. La fin elle-même me semble expédiée.
Comme si, après avoir pris le temps de poser ses questions et de construire son intrigue, quelqu'un avait soudainement regardé le nombre de pages restantes : « Merde, il reste combien de pages ? » Et hop, on emballe.
Au fond , quand tout cela change brutalement, on prend le risque de casser quelque chose. C'est comme regarder sa série préférée et découvrir soudainement qu'on poursuit avec la version Temu. Et forcément, niveau immersion, ça pique.
Je ne peux pourtant pas dire que Stand Still est une mauvaise BD. Ce serait profondément injuste envers sa première moitié, son format original, les magnifiques planches d'Andrew Robinson, ses couleurs et un scénario qui savait réellement piquer ma curiosité.
Mais c'est précisément parce que cette première partie m'a montré ce que Stand Still aurait pu être que la suite me déçoit autant. Je l'ai finalement refermé avec cette étrange sensation d'avoir lu la moitié d'une très bonne BD, suivie de la moitié de son adaptation à petit budget.
Dommage. Une déception à demi-teinte.


