mercredi, juin 24, 2026

Goetz de Fane et Didier Cassegrain (version cartonnée)

juin 24, 2026 Smith

Goetz, album Glénat sorti en 2026, scénarisé par ’Fane et dessiné/colorisé par Didier Cassegrain. C’est présenté comme une aventure entre science-fiction, fantasy médiévale et réflexion philosophico-barbare, avec des colons humains installés sur une planète habitée par une civilisation locale ... 

Au départ, c'était un pari pour moi. Je ne connaissais pas vraiment l’album, et je n’avais même pas lu la quatrième de couverture. C’est la couverture qui m’a attiré : un barbare transpercé de flèches, encore debout, qui annonçait quelque chose de tragique, d’épique, peut-être même de désespéré. Une image simple, mais puissante, qui semblait dire : “Entre dans l’histoire, mais pense à laisser ton assurance-vie à l’entrée.”

Le contexte pouvait faire penser à Avatar : des humains débarquent sur une planète, découvrent un peuple autochtone, et la cohabitation commence à sentir le feu de camp mal surveillé. Mais cette impression disparaît assez vite. Goetz prend une direction bien plus rude, plus sombre, plus barbare, et surtout plus centrée sur son personnage principal.

Car l’album suit avant tout Goetz, sa progression, sa recherche de gloire, son besoin de guerre, sa froideur presque bestiale. C’est un personnage brutal, violent, habité par le combat, mais pas creux pour autant. Il possède une ligne de conduite, une morale personnelle, primitive et dure, mais cohérente. Goetz n’est clairement pas le genre d’homme qu’on invite pour discuter autour d’une tisane, sauf si la tisane est servie dans un crâne et que la soirée finit en pillage organisé.

 Ce qui fonctionne très bien, c’est le contraste entre ce barbare assumé et l’homme dit “civilisé”. Goetz lui-même est un personnage très réussi, il est froid, sauvage, presque animal, mais il ne ment pas vraiment sur ce qu’il est. C’est un barbare, oui, un homme qui semble ne vivre que pour la guerre, mais il n’est pas qu’une masse de muscles lancée dans la mêlée avec le QI d’une hache mal embouchée. 

 À côté de lui, certains personnages plus civilisés paraissent parfois tout aussi dangereux, simplement mieux habillés et plus doués pour justifier leurs saloperies avec de beaux discours. Les auteurs cernent bien l’homme, ses travers et ses contradictions : la barbarie ne porte pas toujours une peau de bête. Parfois, l'évidence est reine.

Graphiquement, l’album colle parfaitement au récit. Le dessin est rude, nerveux, massif, avec une énergie qui m’a parfois fait penser à Keith Giffen. Le trait accompagne très bien la brutalité de l’univers : on sent les coups, la poussière, la fatigue, les flèches qui entrent sans prendre rendez-vous. Ce n’est pas un dessin lisse ou décoratif, mais un dessin qui a du poids, de la sueur et quelques dents cassées.

L’ambiance générale m’a beaucoup plu. Goetz se lit presque comme un bon roman de David Gemmell : de la guerre, du destin, de la gloire, de la violence, et une forme d’honneur rugueux qui ne sent pas exactement la lavande. Il y a un vrai souffle épique, mais aussi une froideur tragique, comme si le personnage avançait vers quelque chose d’inévitable, les armes à la main et les sentiments soigneusement enterrés sous trois couches de boue. Ou alors une tisane servie dans un crâne, mais chacun ses traditions.

 Le petit carnet en fin d’ouvrage est également très intéressant. Il complète bien la lecture, enrichit l’univers et donne envie de revenir sur certains éléments de l’album. Ce n’est pas un bonus décoratif posé là comme une rondelle de saucisson oubliée sur la table : il apporte vraiment quelque chose... 

Au final, Goetz est une très belle surprise. Un album acheté presque à l’instinct, sur la seule force d’une couverture, et qui tient largement sa promesse. C’est violent, barbare, froid, épique, mais jamais vide. L’album vaut surtout pour la trajectoire de Goetz, ce guerrier bestial en quête de gloire, et pour le contraste qu’il crée avec l’homme civilisé, pas toujours plus noble, ni moins dangereux.

Une lecture brutale et tragique, portée par un dessin parfaitement adapté. Goetz commence comme un pari et se termine comme une vraie claque. Une claque donnée avec une main gantée de fer, certes, mais une claque qu’on ne regrette pas. Elle laissera des traces :)


mercredi, juin 17, 2026

Une table pour 3 de Giuseppe Manunta

juin 17, 2026 Smith

 


Une table pour 3 de Giuseppe Manunta aux éditions Félès

Une table pour 3 (suite de *Une table pour 2*) raconte, en parallèle, l'histoire de deux jumeaux, Rosa et Marino, qui se retrouvent mêlés à une enquête liée à un cépage légendaire convoité par de nombreux protagonistes, ainsi que le quotidien d'un chef cuisinier cherchant la perle rare pour compléter son équipe. Entre Naples, le monde du vin, manipulations, meurtres et dégustations, l'auteur propose un polar gastronomique où les papilles occupent autant de place que l'intrigue policière. 

 Après lecture de Une table pour 3, force est de constater que l'album ne m'a pas vraiment convaincu et que la sauce n'a pas réellement pris. Pourtant, sur le papier, il y avait de quoi me plaire : une enquête policière, du mystère, des meurtres, du vin, de la cuisine italienne... Le menu semblait plutôt appétissant.

Le premier obstacle vient du découpage narratif, particulièrement alambiqué. L'histoire saute régulièrement d'une intrigue à l'autre, au point qu'il devient difficile de trouver un véritable fil conducteur et d'entrer dans le récit. L'immersion en prend un coup et le lecteur est souvent obligé de se raccrocher aux branches pour suivre l'histoire. Plusieurs fois, je me suis demandé si je n'avais pas raté une page ou deux en tournant les feuilles.

Quelques erreurs de traduction sont également venues perturber ma lecture. Rien de catastrophique, mais suffisamment pour être remarquées.

Graphiquement, c'est un peu la même chose. Le dessin fait le travail, mais je n'ai jamais réussi à ressentir l'ambiance que l'histoire cherchait à installer, les personnages on tous plus ou moins les mêmes traits ... Il manque ce petit supplément d'âme qui permet de réellement s'immerger dans le récit.

L'intrigue elle-même souffre d'un autre problème : elle se retrouve noyée sous une abondance de descriptions culinaires et gastronomiques. Les amateurs de cuisine italienne, de vins et de spécialités régionales y trouveront sans doute leur bonheur, mais pour un lecteur davantage attiré par le récit que par le contenu gastronomique, ces passages finissent par diluer le rythme et l'intérêt de l'enquête. À plusieurs reprises, j'ai eu l'impression que le chef avait pris le pas sur le détective.

Alors attention, je pense que les amateurs de gastronomie, d'œnologie ou ceux qui ont adoré Une table pour 2 y trouveront probablement davantage leur compte que moi. D'ailleurs, n'ayant pas lu le premier tome, j'ai peut-être raté certaines références ou certains enjeux entre les personnages.

Au final, Une table pour 3 s'adresse probablement avant tout aux connaisseurs de la série et aux passionnés de gastronomie. 

À vouloir servir l'entrée, le plat et le dessert en même temps, l'auteur finit par perdre un peu son lecteur entre les différents mets proposés. Pour ma part, j'ai eu du mal à savourer l'ensemble et j'étais finalement assez content d'en voir le bout.




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